Syngenta, un empoisonneur sans frontière
Syngenta est une firme agrochimique suisse rachetée par le conglomérat chinois ChemChina en 2017. Avec Monsanto-Bayer, BASF et Corteva (fusion de Dupont et Dow Chemical), elles règnent toutes les quatre sur le marché des pesticides et des semences enrobées. L'empire toxique de Syngenta s'étend sur près de 90 pays, empoisonnant les corps des travailleur.euses, riverain.es, leurs terres, leurs eaux et récoltes du monde entier.
Les pesticides de Syngenta sont connus pour leur toxicité – paraquat, thiamethoxam, chlorothalonil, atrazine, diquat – tout droit sortis des entrailles de leurs laboratoires. Certains sont interdits en Europe en raison de leurs effets délétères pour la santé, mais restent exportables dans des pays du Sud, notamment au Brésil, en Inde ou au Kenya. Ce double standard réglementaire protège les corps occidentaux tout en empoisonnant les paysans et les riverains du Sud sur fond de racisme environnemental. Paraquat et diquat font par ailleurs partie des pesticides les plus utilisés par les paysans pour se suicider, car enfermés dans une dépendance économique à ces produits.
Syngenta tue et intimide pour faire taire les révoltes paysannes. En 2018, elle a été condamnée pour avoir engagé une milice responsable du meurtre de Keno, un des leaders du Mouvement des Sans Terre au Brésil. Ce dernier occupait une ferme de soja transgénique appartenant à Syngenta en 2007 pour dénoncer l'accaparement de la firme.
Semer les graines du néocolonialisme en Afrique
Syngenta prolonge une logique de prédation coloniale avec la complicité de l'État français, signataire des autorisations d'exportation de ses poisons interdits en Europe vers des pays africains où les ouvrier.es agricoles ne portent pas de protection et présentent les plus hauts taux de pauvreté (Mali, Éthiopie, Bénin, Côte d'Ivoire...). Au Burkina Faso, c'est le Gramoxone, herbicide à base de paraquat, qui s'est distingué comme le produit à l'origine du plus grand nombre d'empoisonnements chez les agriculteur.ices.
Sous couvert d'aide « au développement » ou d'« innovation », Syngenta enferme les paysan.nes dans une course aux intrants et à l'endettement. En Tanzanie, l'entreprise s'est associée à Yara, Bayer, Rabobank et à l'Alliance for a Green Revolution in Africa, fondée par la Fondation Bill & Melinda Gates, pour promouvoir MkulimaHub, une plateforme numérique qui oriente les petit.es agriculteur.ices vers les semences, pesticides et engrais des multinationales, tout en les reliant à des organismes de crédit. Syngenta capitalise sur les ravages causés par les déstabilisations impérialistes et les conflits en Afrique, créant des conditions favorables à de nouvelles dépendances chez les paysan.nes précaires : technologique, économique et chimique. Au Soudan, où écrasement de la révolution, guerre et famine ont profondément désorganisé les systèmes agricoles, la destruction des filières locales de semences représente une lucrative opportunité pour ses semences hybrides et ses pesticides.
Des pesticides en temps de paix, des armes chimiques en temps de guerre
En temps de guerre, les agrochimies comme Syngenta ont été désignées pour assurer la production d'explosifs, dont les composés sont les mêmes que ceux des engrais. L'ingénierie chimique a su trouver de nouvelles stratégies industrielles et lucratives pour vendre ses produits de la mort : détruire l'autonomie paysanne en temps de paix, détruire la résistance anti-impérialiste en temps de guerre. L'ancêtre de Syngenta, l'Imperial Chemical Industries, était un fournisseur important d'explosifs durant les deux guerres mondiales.
ICI a également fourni au gouvernement britannique un mélange ingénieux de 2,4-D et de 2,4,5-T pour le pulvériser contre les résistants malaisiens dans les années 1950. Ce cocktail toxique inspirera par la suite l'armée des États-Unis dans la confection de l'agent orange, qui sera utilisé durant la guerre au Vietnam, faisant près de 3 millions de victimes au Vietnam, au Cambodge et au Laos.
Syngenta, un accapareur de semences qui efface les savoirs paysans
La production industrielle des pesticides est intrinsèquement liée à celle du contrôle des semences, et donc à la perte d'autonomie des paysan·nes. L'oligopole Bayer, Corteva, Syngenta et BASF contrôle plus de 50 % du marché des semences commerciales. Pour qu'elles poussent, il faut les arroser des produits chimiques qui sont fabriqués par ces mêmes firmes.
Ces semences commerciales sont protégées par des certificats d'obtention végétale ou des brevets qui entravent la libre circulation des graines. Cette privatisation vient bloquer des millénaires de traditions d'échanges de graines locales entre paysans et de savoirs ancestraux associés.
Les banques semencières sont également des cibles des guerres impérialistes dont les firmes agrochimiques tirent profit. En 2003, l'armée des États-Unis bombarde la banque de semences nationale d'Irak. Le gouvernement de transition autorise dès lors les firmes à breveter des semences dans le pays.
Face aux agriculteurs démunis, Syngenta a fait de la misère agricole et des terres irakiennes un nouveau marché pour imposer la vente et la dépendance de ses semences.
Adama, la filiale de Syngenta qui colonise la Palestine et le Liban
En 2020, le groupe Syngenta fait l'acquisition d'Adama Agricultural Solutions, une filiale israélienne qui produit des pesticides génériques. La création d'Adama est étroitement liée au projet d'expansion colonial d'Israël, qui a épandu massivement des pesticides pour détruire les terres palestiniennes et libanaises et y développer l'agriculture dans les territoires occupés. Leurs pesticides ont été utilisés dans le cadre d'expériences agricoles dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée et sur le plateau du Golan syrien, par l'intermédiaire d'instituts de recherche.
Adama sert également le complexe militaro-industriel d'Israël. L'État se targue d'être à la pointe de l'agritech et de l'agriculture de précision (pulvérisation de pesticides par drone), mais le développement de cette technologie est orienté à des fins militaires. Firmes de l'agrochimie et firmes de l'armement avancent main dans la main dans la conduite de cet écocide et de ce génocide.
Colonialisme chimique, riposte internationaliste
En solidarité avec les peuples du monde qui résistent au colonialisme chimique et semencier de Syngenta, notre mobilisation du 3 octobre se fera en parallèle d'autres actions dans le monde où Syngenta sévit : Costa Rica, Pakistan, Suisse, Belgique, Indonésie, Hawaii, États-Unis, Suède, Kenya, Argentine et d'autres. Une délégation de paysans internationaux ainsi qu'un cortège décolonial et internationaliste seront présents le jour de la mobilisation. Ce cortège marquera le début d'un mois de mobilisation pour la Palestine, lancé par Urgence Palestine et Stop Arming Israël.
« Pesticides, Syngenta, ni ici, ni ailleurs ! » Notre mobilisation se veut comme un point de ralliement des luttes paysannes, écologistes, décoloniales et pour la santé des travailleur.euses de la terre et des victimes du colonialisme chimique du monde entier.
